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  • Compte-rendu : « Sauvegarder ? Pourquoi ? »

    Posté le avril 7th, 2009 Baptiste Pas de commentaire

    (Ce billet a été rédigée par une invitée)

    Hier après-midi à Paris, dans le cadre du 13ème Festival de l’Imaginaire et de la 6ème journée du Patrimoine Culturel Immatériel de l’Unesco, s’est tenue une table ronde autour du thème « Sauvegarder ? Pourquoi ? » (nous vous en parlions hier). À partir de trois représentations de femmes marionnettistes venant de différents coins du globe et étant chacune la ou l’une des toutes dernières détentrices d’un art du spectacle très particulier, plusieurs réflexions ont été soulevées autour de la sauvegarde des richesses culturelles immatérielles. Est-il nécessaire de faire perdurer à tout prix toute pratique, connaissance ou savoir faire culturel ? Quels sont les risques de la sauvegarde ? Quel est le rôle des communautés ou des individus concernés dans la pérennisation de leur propre patrimoine culturel ? Nombre de ces problématiques peuvent être reliées à l’archivage du web, non seulement comme patrimoine culturel immatériel en tant que tel, mais surtout comme support et média permettant de sauvegarder et de revitaliser une quantité incommensurable d’arts, de techniques et de pratiques culturelles.

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    La Convention pour la sauvegarde du Patrimoine Culturel Immatériel est entrée en vigueur en avril 2006, mais ses thématiques sont abordées dans le cadre de l’Unesco depuis les années 70. Elle définit le Patrimoine Culturel Immatériel (PCI) comme un ensemble de pratiques sociales et traditionnelles, d’arts du spectacles, de savoir-faire et de connaissances liées à l’artisanat, transmis et recréés en permanence par une communauté ou un individu qui en tirent un sentiment d’identité culturelle. C’est de cette communauté que doit venir le désir et/ou le besoin de faire perdurer une certaine pratique: l’enseigner aux descendants, l’apprendre du maître avant sa mort, la diffuser dans les écoles… pour que continue d’exister une réelle identité culturelle partagée par tout un groupe, pour que sa continuité soit assurée.

    Le rôle de la Convention pour la sauvegarde du PCI est de répertorier ces pratiques, d’informer les communautés de la possibilité qu’elles ont de voir leur patrimoine culturel conservé et revitalisé, et de les soutenir si elles décident d’entreprendre cette démarche. En revanche, imposer de l’extérieur à une communauté qui n’en exprime pas le besoin la pérennisation d’une certaine pratique sous prétexte qu’elle participe à une identité culturelle est une entreprise vouée à l’échec : les PCI existent au sein de sociétés en constante évolution et leur destin est parfois de changer de statut, voire de disparaître. Dans l’état indien du Kérala, une femme de 72 ans fait danser des marionnettes au bout d’un bâton posé en équilibre sur ses lèvres; cet art unique a été transmis dans sa famille de génération en génération, mais aujourd’hui aucun de ses enfants n’a le temps de l’apprendre car ils doivent tous travailler pour subvenir à leurs besoins. Elle en est la dernière détentrice, et il va probablement disparaître avec elle. C’est de plus un art qui ne se pratique que dans des conditions bien particulières: à la lumière du jour pour pouvoir jauger visuellement de la position des marionnettes, avec le temps nécessaire à la concentration et à la recherche du point d’équilibre. La représentation donnée hier sous les projecteurs a apporté la preuve que souvent une pratique n’existe pas hors de son contexte et qu’un des risques de la sauvegarde à tout prix est de dégrader cette pratique tout en la figeant, voire en la « folklorisant » à des fins commerciales.

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    Si la revitalisation peut s’avérer abusive, il est en revanche toujours important d’enregistrer, de sauvegarder, d’archiver les techniques et les savoir-faire pour qu’ils puissent à nouveau être enseignés si un jour le besoin renaît. C’est la base du travail de la Convention pour la sauvegarde du PCI, qui a notamment réuni sur un site plusieurs « Chef d’œuvres du patrimoine oral et immatériel de l’humanité ». Grâce à de nombreuses vidéos et des dossiers fournis, chacun peut voyager d’un continent à l’autre et explorer en profondeur plusieurs dizaines de pratiques culturelles existantes dans des communautés plus ou moins grandes, allant de l’isopolyphonie populaire albanaise aux rites d’initiation en société mandingue au Sénégal, en passant par le théâtre dansé en République Dominicaine. Et de nouvelles pratiques sont ajoutées chaque année.

    Mais cette base de données officielle, cet ensemble de formes culturelles triées sur le volet, étiquetées puis consciencieusement classées, n’est-elle pas que le sommet de l’iceberg, le reflet un peu policé de cet immense réceptacle de la diversité culturelle que représente Internet dans son ensemble ? La notion de communauté inhérente à toute forme de patrimoine culturel (communauté qui pratique elle-même ou communauté autour d’un individu pratiquant) est plus que pertinente lorsqu’il s’agit du média web. Il n’est plus besoin de prouver que grâce à des sites ou des forums, des groupes se forment et interagissent autour d’un même art, d’un même savoir-faire, d’une même tradition qui constitue à part entière leur patrimoine culturel immatériel. Le site de l’Unesco a enregistré et archivé des extraits de l’Ahellil du Gourara, genre poétique et musical d’Algérie, mais ces chants peuvent aussi se retrouver sur Youtube, enregistrés et diffusés par une communauté qui s’est servi elle-même d’Internet pour assurer la pérennité de son propre patrimoine culturel. Les mordus de bonshommes gigueurs peuvent trouver sur Google la méthode de fabrication détaillée de ces marionnettes, leur permettant de perpétuer cet art si le dernier artisan « officiel » disparaît. Internet comme support et média accessible à (presque) tous représente la possibilité infinie pour chacun de laisser une trace de son propre PCI, certes de manière pas toujours aussi rigoureuse, contrôlée et archivée que ne le fait l’Unesco, mais avec un champ d’interaction beaucoup plus vaste et peut-être plus représentatif de la force et de l’étendue de la diversité culturelle aujourd’hui. En cela, Internet devient à son tour une forme de patrimoine culturel immatériel à part entière, et la nécessité d’enregistrer et de conserver ce qui s’y trouve relève de la sauvegarde du patrimoine culturel mondial.

    Alicia Fischmeister
    étudiante à l’IAD de Louvain-la-Neuve, a assisté à la conférence et a voulu en faire profiter le blog webarchivists, merci à elle !

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    Nous inaugurons les billets d’invités avec ce compte-rendu très complet. Si vous assistez à des évènements qui ont un rapport avec les problématiques qui sont les nôtres, vous êtes vous aussi invité à vous exprimer, envoyez-nous vos articles.

    Pour ma part, je suis arrivé au moment des « questions-réponses », qui furent fort intéressantes. La notion de communautés et les liens qui existent entre ces dernières et la préservation des pratiques culturelles m’ont bien évidemment fait penser à notre projet. De même, la façon dont internet peut être utilisé comme support pour perpétuer et documenter des traditions en voie de disparition renforce la nécessité de sauvegarder à son tour ce média d’un genre nouveau.

    Je tiens à remercier les intervenants que j’ai eu la chance d’écouter : Jean-Pierre Ducastelle, Président de la Commission du Patrimoine oral et immatériel, Ocal Oguz, Directeur du Centre Universitaire du Patrimoine Culturel Immatériel de l’Université Gazi d’Ankara et enfin Rieks Smeets, Ancien chef de la Section du Patrimoine Culturel Immatériel de l’Unesco. La table ronde était animée par Chérif Khaznadar.

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